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Marathon

Quand la puissance perse s'étendit jusqu'à l'Hellespont et ses environs, Miltiade, en tant que prince du Chersonese, se soumit au roi Darius et il fut l'un des nombreux vassaux qui menèrent leurs contingents d'hommes servir dans l'armée perse pour la campagne contre les Scythes. A Miltiade et aux vassaux grecs d'Asie Mineure fut confiée la responsabilité du pont sur le Danube quand l'armée d'invasion, ayant traversé ce fleuve, pénétra dans les contrées sauvages qui forment à présent la Russie, poursuivant en vain les ancêtres des cosaques modernes. Ayant appris les revers rencontrés par Darius dans les solitudes scythes, Miltiade proposa à ses compagnons de détruire le pont et d'abandonner le roi perse à la famine et aux flèches scythes. Les maîtres des cités grecques d'Asie à qui Miltiade s'était adressé n'osèrent pas porter un coup aussi audacieux et impitoyable au pouvoir perse, Darius put revenir. Et l'on sut la proposition que Miltiade avait faite ; la colère vengeresse de Darius visa désormais l'homme qui avait conseillé un coup aussi mortel contre son empire et sa personne. Pendant quelques années ensuite les entreprises de l'armée perse en d'autres régions permirent à Miltiade de conserver le Chersonese, mais de manière précaire et troublée. Il profita cependant de sa position pour se concilier la bonne volonté de ses compatriotes athéniens en conquérant et mettant les îles de Lemnos et Imbros sous l'autorité d'Athènes qui avait sur elles d'anciennes revendications mais qu'elle n'avait encore jamais réussi à totalement assujettir. Finalement, en 494 avant notre ère, la répression complète de la révolte ionienne par les Perses permit à leurs armées et à leurs flottes de se tourner vers les ennemis du Roi des Rois à l'ouest de l'Hellespont Nom ancien du détroit des Dardanelles. Une forte escadre de galères phéniciennes fut envoyée vers le Chersonese. Miltiade savait que tenter de résister était inutile et, pendant que les Phéniciens se trouvaient à Tenedos, il chargea tous les trésors qu'il put réunir sur cinq galères et fit voile vers Athènes. Les Phéniciens le pourchassèrent sans répit au long des côtes du nord de la mer Egée. Une de ses galères, à bord de laquelle se trouvait son fils aîné, Métiochus, fut même capturée ; mais Miltiade avec les quatre autres parvint à atteindre le rivage ami d'Imbros et la sécurité. De là il continua vers Athènes où il retrouva sa position de libre citoyen de la république athénienne.
A ce moment-là les Athéniens venaient de chasser Hippias, fils de Pisistrate, dernier de leurs tyrans. La liberté et l'égalité retrouvées brillaient d'un lustre neuf et la réforme constitutionnelle de Clisthène avait enflammé leur ardeur républicaine. Miltiade avait des ennemis à Athènes et ceux-ci, profitant de l'état des sentiments populaires, lui intentèrent un procès mettant sa vie en jeu pour avoir été tyran de Chersonese. L'accusation ne reposait pas sur des actes de cruauté ou les torts causés à des personnes, elle n'était fondée sur aucune loi particulière mais sur l'horreur qu'inspirait aux Grecs de ce temps-là tout homme qui se faisait le maître illégitime de ses semblables et exerçait sur eux une domination irresponsable. Il était indéniable que c'est bien ainsi que Miltiade avait gouverné le Chersonèse ; mais la question que voulurent juger les Athéniens rassemblés fut celle de savoir si Miltiade en devenant tyran du Chersonese, méritait, en tant que citoyen athénien, d'être puni. Le service éminent qu'il avait rendu à l'état en s'emparant pour lui de Lemnos et d'Imbros plaidait puissamment en sa faveur. Le peuple refusa de le condamner. L'opinion publique le portait aux nues et quand l'imminence de l'invasion perse fut connue, le vote populaire, avec discernement fit de lui l'un des généraux de l'année.
Deux autres hommes dont l'histoire signale l'éminence, encore que leur renom date d'une période postérieure à celui de Miltiade, se trouvaient aussi parmi les dix généraux athéniens de Marathon. L'un était Thémistocle, futur fondateur de la marine athénienne qui devait devenir le vainqueur de Salamine Victoire sur la flotte de Xerxès en 480 pendant la seconde guerre médique, l'autre, Aristide, qui par la suite conduisit les troupes athéniennes à Platée Victoire sur les Perses commandés par Mardonius qui y périt en 479 av. JC et dont l'intégrité et la légitime popularité valurent à son pays, quand les Perses eurent été finalement repoussés, l'éminent avantage d'être reconnus par la moitié des Grecs comme leur chef impartial et leur protecteur. La part que prirent Thémistocle et Aristide aux débats du conseil de guerre de Marathon ne nous a pas été rapportée. Mais d'après le caractère de Thémistocle, son audace et son génie naturel pour improviser au mieux dans toute urgence (une qualité que les plus grands historiens lui reconnaissent bien plus qu'à tout autre de ses contemporains), nous avons des raisons de croire qu'il vota en faveur d'une action prompte et décisive. Il est plus difficile de spéculer sur le vote d'Aristide. Son enjouement pour Sparte peut lui avoir fait souhaiter attendre leur arrivée; mais, bien que circonspect, il n'était timide ni comme soldat, ni comme politicien et les conseils audacieux de Miltiade auront pour le moins trouvé en lui un auditeur sans préjugés.
Miltiade n'avait aucun doute sur la solution que devait choisir l'armée athénienne et c'est avec persuasion qu'il défendit son opinion auprès des autres généraux. Ayant une connaissance pratique de l'organisation des armées perses Miltiade était convaincu de la supériorité des troupes grecques si elles étaient utilisées convenablement ; il voyait avec l'œil d'un grand capitaine l'avantage que donnait la position des adversaires à une attaque soudaine et en tant que politicien avisé il sentait le péril qu'il y aurait à rester inactif en donnant à la trahison le temps de ruiner la cause athénienne.
L'un des officiers du conseil de guerre n'avait pas encore voté. C'était Callimaque, le chef de guerre. Le vote des généraux étant partagé, cinq contre cinq, sa voix serait décisive.
Le sort de toutes les nations du monde, suivant toute probabilité humaine, dépendait de ce vote. Miltiade s'adressa à lui et, avec des mots simples de soldat dont la substance nous fut conservée par Hérodote Hérodote d'Halicarnasse, le père de l'Histoire; historien grec, 484-407 av.JC qui avait parlé avec les vétérans de Marathon, c'est ainsi que le grand Athénien adjura son compatriote de choisir de livrer bataille : " Il dépend de toi, à présent, Callimaque, qu'Athènes soit réduite en esclavage ou, qu'en assurant sa liberté, tu accèdes à une gloire immortelle, telle que même Harmodius et Aristogiton Héros de la lutte contre la tyrannie d'Hippias et d'Hipparque, fils de Pisistrate n'ont pu se gagner la pareille. Car jamais depuis qu'ils sont un peuple les Athéniens n'ont couru un aussi grand danger qu'en ce moment. S'ils plient le genou devant ces Mèdes ils seront livrés à Hippias et tu sais ce qu'ils devront alors supporter • Mais si Athènes sort victorieuse de cette épreuve elle peut devenir la première ville de Grèce. Ton vote décide si nous engageons le combat ou non. Si nous ne provoquons pas la bataille rapidement l'intrigue de quelque faction divisera les Athéniens et la trahison livrera la cité aux Mèdes. Mais si nous combattons tant que rien n'est encore pourri dans l'état, je crois, pourvu que les Dieux ne favorisent personne, que nous sommes capables de gagner la partie. "
Le vote du courageux polémarque fut acquis ; le conseil décida de livrer bataille ; et l'ascendant, la distinction militaire de Miltiade étaient tels que tous les autres généraux, fraternellement, lui abandonnèrent leurs jours de commandement et se mirent joyeusement sous ses ordres. Toutefois, craignant de provoquer quelque jalousie qui l'empêcherait d'obtenir la coopération de tous les éléments de sa petite armée , Miltiade attendit que vienne normalement son jour d'exercer le commandement en chef pour mener les troupes à l'assaut.



 

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